Par Ircom
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Où as-tu effectué ton stage et pourquoi ce choix ?

J’ai longuement hésité quant au choix de mon lieu de stage. On me proposait l’Asie, le Moyen-Orient… J’ai envisagé beaucoup de destinations avant de me décider. En fait, l’accent du stage devait être mis sur le « vivre avec » et l’expérience devait permettre une découverte de l’interculturalité. Au vue de ces deux critères et compte tenu de mon attrait pour les pays du Moyen-Orient, j’ai opté pour l’Egypte. Je suis partie dans une zone très reculée du pays, à Samalout. Cette ville se situe dans la région d’El Minya, à trois heures au sud du Caire. Environ deux cent mille habitants y vivent. C’est une ville  (ou plutôt un énorme village) qui se développe mais qui demeure très pauvre. J’y ai intégré une communauté copte et je travaillais dans une école créée à l’initiative de l’évêque il y cinq ans.

Quelle était ta mission ?

Je devais développer le département de français au sein de l’école. J’ai initié les professeurs aux subtilités de la langue puis je les ai accompagné dans les différentes classes afin d’inciter les élèves à s’entraîner à parler notre langue. J’ai également tenté de développer des partenariats avec l’ambassade pour que les professeurs puissent avoir de meilleurs outils pédagogiques. J’ai essayé, par exemple, de faire venir des femmes d’expatriés dans la région pour assurer une continuité dans l’échange avec des francophones.

Je me suis rapidement aperçue qu’il y avait un problème de management au sein de l’école car tout était centralisé. Par ailleurs, il y avait quelques problèmes d’autorité. A la fin du mois de mars, suite à plusieurs événements qui remettaient en cause la logique de développement dans laquelle j’inscrivais ma mission, j’ai décidé de donner ma démission.

Quelle a été ton expérience suivante ?

Je me suis rendue au Caire avec le docteur Adel (médecin qui a collaboré avec sœur Emmanuelle durant plus de vingt ans et qui poursuit aujourd’hui encore son activité dans le quartier d’Ezbet El Nakhl) pour aider les chiffonniers. J’ai ensuite travaillé avec l’association Caritas pendant un mois et je me suis rendue dans différents centres médico-sociaux pour découvrir les activités menées par cette importante ONG en Egypte. J’ai notamment passé beaucoup de temps avec une psychomotricienne responsable du programme de sensibilisation au handicap (le SETI), enjeu majeur dans cette région du monde où la prise en compte du handicap fait face à beaucoup d’ignorance et de mauvais traitements. Il s’agissait d’aller visiter des familles dans les quartiers populaires et d’observer l’avancée des programmes d’autonomisation visant à rendre les familles elles-mêmes actrices dans l’accompagnement de leurs enfants ayant un handicap. Ce furent de formidables expériences humaines et professionnelles !

Quelles compétences as-tu développé pendant ta mission ?

J’ai du apprendre à observer premièrement l’environnement tout à fait nouveau dans lequel j’étais immergée. La patience, l’écoute, le dialogue étaient des clés essentielles pour ne pas faire d’impairs dans cette culture nouvelle et complexe. Au niveau professionnel, j’ai dû faire preuve d’organisation, d’anticipation, de management (le staff des professeurs de français à former). Enseigner le français par l’anglais et quelques rudiments d’arabe était un défi. Assurer un suivi et une amélioration du programme linguistique et pédagogique (FLE) furent aussi des compétences à acquérir. L’autorité face aux classes importantes, le juste positionnement d’une stagiaire occidentale à qui on donne d’importantes responsabilités étaient des caractéristiques de mission très formatrices.

La formation que tu as reçue à l’Ircom a-t-elle été une aide pour ton stage ?

Bien-sûr ! Toute la formation INTERCORDIA (construction des pratiques de paix, désamorcement des conflits dans une démarche d’interculturalité) m’a beaucoup apporté sur le terrain. Nous avons eu la chance d’être bien préparés en amont du stage, sensibilisés aux écueils à éviter dans un échange interculturel, avertis des enjeux de notre positionnement en tant qu’occidentaux… De plus, les cours d’analyse d’une organisation, de ses composantes, les enseignements sur le suivi et l’évaluation d’un projet étaient autant de clés nécessaires à une plus juste compréhension du contexte et de ses conséquences sur l’action.

Comment as-tu abordé ton retour en France ?

Je dois avouer que le retour en France a été assez brutal. D’une part parce que j’étais très attachée au pays et qu’il m’était difficile de le quitter. D’autre part parce que revenir dans un rythme scolaire était assez frustrant après cette expérience de terrain où on m’avait confié des responsabilités importantes. Et puis, tout s’est très vite enchaîné. À mon retour de stage, il ne me restait plus qu’un mois pour réaliser mon mémoire…

Quel bilan personnel dresses-tu de ton expérience ?

Humainement parlant, l’expérience a été très enrichissante. J’ai été très bien accueillie par les familles (la chaleur de l’accueil oriental est incroyable) qui m’invitaient chez elles pour discuter et partager un repas. J’ai aimé découvrir la culture du pays, l’architecture et les paysages égyptiens. J’ai découvert l’Église et l’art copte (forte d’une grande tradition), j’ai pu vivre en pleine immersion dans une région reculée et rurale de Moyenne-Egypte, visiter de l’intérieur le quartier des chiffonniers et leurs réalités, contempler l’art islamique au Caire, les souks, Alexandrie.

Bref, j’ai eu la chance d’avoir des regards croisés sur une réalité égyptienne complexe, dotée d’une culture majestueuse, en proie aujourd’hui à des transitions douloureuses pour la population. Je me suis rendue compte que derrière la richesse de la culture et des monuments se cache une réalité plus triste : la pauvreté et l’ignorance sont de plus en plus prononcées en raison de la montée des fondamentalismes. Le pays est en fuite. À l’école copte, beaucoup de parents d’élèves souhaitaient prendre des cours de français pour partir au plus vite au Canada ou en France. C’est une réalité qu’il ne faut pas négliger…

Tu as donné quelques conférences-expositions à ton retour en France. Peux-tu nous en parler ?

Je me suis prise de passion pour la photo sur place. C’était pour moi un moyen de découvrir le pays à travers une autre approche. Je prenais régulièrement, pendant mes déplacements, des photographies de paysages et je faisais beaucoup de portraits. La veille de mon retour en France, je suis revenue chez les chiffonniers avec une série de photos que j’avais imprimée. Je les ai offertes aux gens du quartier, quel partage ! Ils étaient très émus de recevoir ce cadeau, de voir que je ne les avais pas oubliés et que eux-aussi avaient quelque chose à nous apporter par leur joie et l’espérance qu’ils transmettent au-delà des grandes difficultés de leur quotidien.

J’avais envie de partager cette expérience à mon retour, d’où l’idée d’organiser une exposition photos  et une conférence. J’ai donné deux conférences à l’Ircom et deux autres dans la maison de retraite des Augustines à Angers.  Beaucoup d’actions ont déjà été menées par Sœur Emmanuelle pour aider les chiffonniers. Il est indispensable de continuer ce travail et d’apporter notre soutien à nos frères d’Orient.

Où ont été les fonds récoltés de la vente de tes photos ?

Cinq cents euros ont été récoltés par la vente de photos au profit des enfants handicapés du quartier des chiffonniers. Les fonds ont été reversés au docteur Adel qui est en charge du centre Salam (centre médico-social). Il travaille avec Sœur Maria qui fait partie à la communauté religieuse des filles de Marie. L’argent permettra à un professionnel (psychomotricien) de venir former les personnes qui s’occupent des enfants handicapés au quotidien afin de leur permettre de mieux cerner leurs problématiques et d’ainsi permettre un accompagnement plus adéquat.

Sais-tu où tu feras ton stage l’année prochaine ?

El Hamdullilah ! Je pars pendant six mois en Jordanie, à Amman, avec le Haut-Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés. C’est une agence de l’ONU dont le mandat est de coordonner les actions menées en faveur des réfugiés. Avec la crise syrienne, plus de 600000 syriens se sont exilés en Jordanie,  il y a donc beaucoup de besoins. Je souhaite y apprendre l’arabe (outil indispensable pour la suite de mes projets professionnels) et découvrir la culture de ce pays qui semble elle aussi très riche ! Yalla !

Retrouvez les photos de la conférence-exposition organisée à l’Ircom par Mathilde :

 

 

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